Saint-Lô, Valognes et Cherbourg partagent un cadre réglementaire commun, mais les modalités d’action diffèrent. Les politiques locales, lestées par les capacités d’investissement, les priorités patrimoniales et les attentes citoyennes, se traduisent par des calendriers et des choix techniques distincts.
Saint-Lô : la rénovation thermique comme fil rouge du mandat
À Saint-Lô, la rénovation énergétique s’est imposée comme un axe central de la stratégie climat-air-énergie communale. Dès 2021, la ville a lancé un “plan pluriannuel d'investissement” (PPI) fléché explicitement vers l’amélioration de la performance énergétique de son patrimoine. Plusieurs projets phares émergent :
- La réhabilitation de l’école Jules-Verne : isolation par l’extérieur, remplacement des menuiseries, modernisation de la chaufferie, pilotage numérique de la gestion énergétique. Gain énergétique annoncé : -47 % de consommation. Fin des travaux : été 2023.
- Le complexe sportif du Val Saint-Jean : remplacement des éclairages, isolation de la toiture, ventilation double-flux. Baisse des émissions de CO2 : près de 20 tonnes/an.
Concrètement, la méthode choisie par Saint-Lô consiste à séquencer les interventions, en privilégiant d’abord l’enveloppe et les systèmes énergétiques (chauffage, régulation), avant d’envisager l’installation d’énergies renouvelables locales.
Bilan intermédiaire : sur 2022-2023, le montant total investi dépasse 2,8 millions d’euros, pour une économie d’énergie supplémentaire de 850 000 kWh/an (source : ville de Saint-Lô, communication municipale mai 2023).
Valognes : la réponse d’une ville-patrimoine aux défis énergétiques
Valognes, avec son centre ancien et des bâtiments parfois classés, fait face à des contraintes inédites : il s’agit d’agir sans dénaturer le patrimoine architectural. Ici, la démarche s’appuie sur deux leviers simultanés :
- Des rénovations lourdes sur les écoles du centre : en 2022, l’école Pasteur a bénéficié d’un chantier test, combinant isolation laine de bois, fenêtres sur mesure, LED intelligentes, ventilation mécanique contrôlée (VMC). Résultat : -35 % sur la facture énergétique annuelle.
- L’expérimentation d’un “passeport énergétique” pour trois bâtiments publics, incluant un suivi de consommation en temps réel, et une plateforme numérique d’analyse de données (en partenariat avec le SDEM50, syndicat départemental). Objectif : orienter les futurs investissements selon les gains les plus significatifs constatés sur un panel diversifié.
Dans les faits, la collectivité privilégie une logique “petits pas réguliers” plutôt que des chantiers de restructuration massifs, faute de marges financières importantes.
Cherbourg-en-Cotentin : un changement d’échelle après la fusion
Depuis la fusion des cinq communes historiques en 2016, la question de la rénovation énergétique est devenue intercommunale. Cherbourg se distingue par :
- Un “schéma directeur énergie-carbone”, validé en 2021, visant -40 % de consommation énergétique du parc public à l’horizon 2030.
- La rénovation thermique de la médiathèque Jacques-Prévert, avec une réduction de la consommation portée à 110 kWh/m²/an (contre plus de 280 en 2019). Bénéfice annexe : amélioration de la qualité de l’air intérieur.
- L’extension des réseaux de chaleur urbains alimentés en bois énergie (quartiers du centre et d’Équeurdreville), qui permet de mutualiser la transition sur plusieurs dizaines de bâtiments – écoles, gymnases, logements d’urgence.
Dans cette dynamique, Cherbourg mobilise fortement les financements externes, notamment le dispositif “Soutien à l’Investissement Local” (État), la Dotation de Soutien à l’Investissement Public Local (DSIL) et le Fonds Chaleur de l’Ademe.
Un point essentiel : en 2023, près de 2,4 millions d’euros ont été engagés rien que pour la première tranche de travaux (source : Ville de Cherbourg-en-Cotentin, compte administratif 2023).