Le second grand axe des choix d’aménagement repose sur l’équilibre à trouver entre valorisation touristique, qualité d’habitat et préservation des milieux naturels.
Tourisme et attractivité : un moteur économique… et une contrainte
Granville, avec ses ports, ses festivals et son image de « Monaco du Nord », attire chaque année environ 750 000 visiteurs (Office de Tourisme Granville Terre & Mer, 2023). Plages, promenades « bord de mer », commerces saisonniers tirent profit de l’attractivité du littoral, générant plus de 68 millions d’euros de chiffres d’affaires directs lors de la haute saison (source : CRT Normandie, EcoTourisme 2023).
Cela implique des investissements lourds : entre 2020 et 2023, près de 4 millions d’euros ont été consacrés à la requalification des accès plage (notamment la rampe du Plat-Gousset), à la rénovation des espaces urbains littoraux et à la modernisation des équipements de sécurité (capteurs météo, postes de secours, toilettes publiques). Mais cet effort pose deux défis :
- Gestion des flux : saturation ponctuelle des parkings, congestion routière sur les axes d’accès, nécessité d’infrastructures alternatives (navettes estivales, pistes cyclables etc.)
- Préservation de la qualité paysagère : la tentation de densifier ou d’élargir l’offre touristique doit être arbitrée face à une “pression à l’urbanisation” des dernières franges naturelles (dues et estrans non bâtis)
Habitat, mobilité et multipropriété : enjeux de cohérence
Sur ce segment particulier de la Manche, les résidences secondaires représentent 33 % du parc immobilier (source : INSEE, 2023), bien au-delà de la moyenne nationale. Ce fait structure les choix d’aménagement : entre la volonté d’offrir un habitat de qualité à l’année, la lutte contre la spéculation, et la préservation d’un foncier accessible pour les familles locales, le débat reste vif.
Des mesures concrètes ont été lancées :
- Encadrement de la location courte durée dans le cœur touristique de Granville (limitation à 120 jours annuels pour certains quartiers, depuis 2022)
- Favorisation de la mobilité douce : création de 18 km de pistes cyclables supplémentaires depuis 2021, aménagement de quatre « voies partagées » entre Donville et Saint-Pair
- Préservation de la trame verte et bleue en interdisant la construction sur plusieurs hectares sensibles autour de la plage de l’Ermitage
Biodiversité et résilience écologique
Le littoral autour de Granville et Donville abrite des sites Natura 2000 (notamment les dunes de Donville et l’estran granvillais), qui imposent la mise en place de plans de gestion spécifique (patrouilles estivales, signalétique pédagogique, plans de chasse au piétinement) et qui restreignent drastiquement les possibilités de « bétonisation » ou de renforcement d’infrastructures.
- La restauration du cordon dunaire a nécessité le retrait de plus de 900 tonnes de béton et d’anciens réseaux entre 2017 et 2022, pour favoriser le retour des habitats naturels (source : Conservatoire du littoral Manche).
- Des inventaires réguliers permettent de suivre la reproduction de plusieurs espèces emblématiques : gravelots à collier interrompu, panicauts de mer, lézards verts.
- Des campagnes de sensibilisation, appuyées par l’Agence de l’eau Seine-Normandie, mobilisent chaque année 2 500 scolaires, pour relayer l’importance de la préservation des milieux côtiers auprès des familles.
Dans ce contexte, chaque projet – promenade de front de mer, rénovation d’un camping ou élargissement d’une route – donne lieu à une analyse d’incidence environnementale, obligatoire depuis 2016 sur tout le linéaire côtier granvillais.